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Où sont les jeunes dans la littérature jeunesse ?

Où sont les jeunes dans la littérature jeunesse ?
Et si on donnait une vraie place aux jeunes dans la littérature jeunesse ?

C’est ce que fait Coline, fondatrice d'Ozédyre Éditions https://ozedyre.fr/

"Je trouvais que les histoires étaient toujours portées par les mêmes personnages... J'ai eu envie de changer ça."

“Je veux donner droit aux jeunes de choisir les histoires qu'ils et elles jugeront les plus intéressantes pour des jeunes comme eux.”

L'équipe du club journalisme l'a interviewée dans Les Aventuriers n°10

Un comité de lecture composé de jeunes, par et pour les jeunes - une partie de l'équipe des Aventuriers y participe. Ce sont eux qui donnent leur avis, et c'est cet avis-là qui compte pour décider ce qui sera publié.

Et c'est cette graine-là qu'on essaie de faire grandir, tous ensemble au sein de Befrei : donner aux jeunes une vraie voix, pas juste un rôle de spectateur. 

Ton enfant/ado souhaite participer au magazine ? aux clubs et ateliers en ligne ? contacte-moi pour plus d'infos !

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Voici l'interview complète :

Bonjour Coline ! Avec l’équipe de rédaction, nous sommes ravis de t’accueillir dans notre magazine, et on t’a préparé ensemble quelques questions !

Je crois que tu sais à quel point j’ai à cœur de porter la voix des jeunes et de les encourager à rêver grand... alors c’est un plaisir d’ouvrir cet espace d’échange avec toi, qui est également très engagée auprès de la jeunesse !

Pour commencer, est-ce que tu pourrais te présenter et présenter les valeurs que tu portes au sein de ta maison d’édition ?

Bonjour tout le monde, je m'appelle Coline et je suis fondatrice d'Ozédyre Éditions.

C'est une maison d'édition qui a pour but de balayer les stéréotypes de la littérature française et de donner plus de représentation à celles et ceux qu'on entend moins.

Ozédyre est née d’un constat en tant que lectrice. Je trouvais alors que les histoires étaient toujours portées par les mêmes personnages (blancs, riches, citadins, minces, beaux, valides, neurotypiques, hétérosexuels, Européens ou Américains) avec les mêmes schémas narratifs déjà vus et revus. J’ai eu envie de changer ça. De voir plus de diversité, plus de représentations. Pour qu’en lisant, une partie de la population puisse se dire “Ah ! enfin un héros/une héroïne comme moi ! Qui me ressemble vraiment !”

Parce que dans la vraie vie, on a tous et toutes ce “’p’tit truc en plus”, nos galères, qui nous rendent uniques. C’est ça que je veux voir !

Effectivement c’est une belle raison de se lancer ! Tu as d’autres points aussi qui te tiennent à cœur et qui te différencient des maisons d’éditions plus traditionnelles je crois ?

Oui effectivement, j’ai choisi de mieux rémunérer les auteurs et les autrices, parce que la chaîne du livre tout entière repose dessus. C’est aussi une maison d’édition qui se veut la plus écologique possible. J’ai fait le choix d’imprimer en France même si c’est plus cher, parce que je trouve ça mieux au niveau de l’écologie.

J’ai également choisi d’imprimer à la demande pour ne pas générer de stock (parce que les stocks ça coûte cher et ce sont des bâtiments qu’il faut isoler, chauffer, éclairer) et surtout ne pas pilonner des livres.

Pilonner ?

Pilonner, ça veut dire détruire des livres qui ne se sont pas vendus. Donc on coupe des arbres pour faire des livres et ensuite on détruit les livres. Impensable !

Quels sont les stéréotypes de la littérature jeunesse du coup ?

En jeunesse, il y a encore malheureusement beaucoup de stéréotypes qui rejoignent des idées un peu genrées de ce qu'on imagine "pour les filles" ou "pour les garçons".

Donc ça va par exemple être des personnages féminins plus doux, dociles, fragiles, fortes à l'école, soucieuses de leur apparence et portées sur les émotions.

À contrario, des personnages masculins plus violents, qui défient l'autorité, moins portés sur leurs émotions ou leur apparence.

En jeunesse, on a aussi des personnages qui vont avoir un certain âge et qui vont, au travers de l'histoire qu'ils portent, ne pas du tout faire des choses de leur âge.

Il se peut aussi que la réflexion des personnages soit bien plus « adulte », le personnage porte alors des propos qui sont bien trop matures pour lui (comme, au hasard : sauver le monde).

Il apparaît aussi que beaucoup de trames narratives se ressemblent (en jeunesse ou ailleurs) et celle qui est la plus typique c'est un ou une jeune à qui il manque un parent (ou les deux), qui se voit approcher par une figure paternelle (ou maternelle) pour embrasser une cause universelle (ou presque) avant d'être allé chercher un artefact (magique ou non) et des ami·es pour l'aider dans sa quête. Un artefact c’est un objet, souvent magique, comme un grimoire, une épée, une baguette par exemple.

Quand tu as lu ça, tu as pensé à quelles histoires ?

Un certain nombre en effet ! Et donc, comment comptes-tu casser ces stéréotypes ?

De plusieurs façons !

D'abord, j'ai énoncé les stéréotypes que je ne voulais pas voir dans les manuscrits Ozédyre (ceux que j'ai cité plus haut). Pas de représentation hyper genrées donc et pas de trame narrative archi vue et revue. Je pense que ça explique le peu de textes reçus.

Ensuite, je veux donner droit aux jeunes de choisir les histoires qu'ils et elles jugeront les plus intéressantes pour des jeunes comme eux.

D'où la création du comité de lecture des jeunes par et pour les jeunes.

Enfin, je veux publier des textes jeunesse où les jeunes héros et héroïnes font des vrais trucs de jeunes et ont des vraies réflexions de jeunes.

Et on a une partie de l'équipe de rédaction qui y participe d’ailleurs et on te remercie tous pour cette opportunité d'implication !! On se demande d'ailleurs comment ça fonctionne exactement le comité et qu’est-ce qui se passe une fois qu'on a donné nos avis sur le manuscrit ?

Dans un premier temps, les textes sont lus par des adultes, parce qu'il ne serait pas pensable de faire lire aux jeunes un texte qui ne leur serait pas destiné. Ce comité de lecture d'adultes estime aussi une tranche d'âges la plus adéquate pour chaque texte afin que les lecteurs et lectrices chez les jeunes puissent lire un texte qui correspond à peu près à leurs intérêts.

Ensuite, vous les jeunes, vous allez établir une fiche de lecture que je prendrais soin de lire pour avoir votre avis. Si le texte reçoit plusieurs avis positifs, je le lirai moi-même pour m'en faire une idée. S'il me plaît aussi, je contacte l'auteurice.

Et pour les auteurs/autrices, ça se passe comment ?

J’aime le terme auteurice car il est plus inclusif.

Je lui envoie un petit message pour lui demander ses disponibilités pour un appel.

Au cours de l’appel, je lui dit qu’on a été plusieurs à aimer son texte et qu’on aimerait le publier en Ozédyre et je lui demande s’il/elle est d’accord pour le faire.

Si oui, on signe un contrat d’édition et ensuite on peut commencer le travail éditorial ensemble. C’est là qu’on enlève les répétitions, les grosses fautes d’orthographe, les incohérences du texte, les lourdeurs dans la formulation, etc…

On travaille ensuite avec l’illustratrice pour créer la couverture du livre.

Ensuite, on passe par une campagne de financement participatif par Ulule pour obtenir le budget nécessaire et, si elle atteint son objectif, on peut corriger l’histoire avec la correctrice professionnelle puis imprimer les livres et faire les livres numériques.

A partir de quel âge peut-on présenter un manuscrit à Ozédyre ?

À partir de 8 ans, avec l’accord des parents bien sûr.

Est-ce qu'un jeune pourra vraiment rivaliser dans le processus de sélection avec des textes plus aboutis ?

Un jeune peut aussi avoir un texte très abouti si il/elle l'a, par exemple, montré à sa famille qui l'a corrigé et fait des retours dessus pour des séances de réécriture.

De plus, le manuscrit envoyé par un·e auteurice n'est jamais le texte final que vous pouvez voir dans les livres. Il y a toujours un travail de réécriture, même pour un·e auteurice adulte.

Est ce que ça coûte cher d'éditer un livre ?

Alors ça dépend parce qu'on entend par "éditer" et par "cher" évidemment.

Si on ne parle que du travail éditorial : ça ne coûte que la rémunération de l’éditeur ou de l’éditrice (pour Ozédyre donc pour moi, pour l’instant c’est zéro).

Pour Lou, que vous avez lu sous le nom de « Level up love », les coûts sont les suivants :

- illustratrice pour la couverture et les icônes à l'intérieur du livre : 500€

- correction professionnelle : 475€

- impression : 288,30€ (5,76 € par livre pour 50 livres imprimés)

- transport : 9,50€ par livre (car il fait plus de 600 pages donc plus d'un kilo)

- emballage : 3€/livre

- autrice : 225€ environ (c’est un pourcentage des ventes alors il faudra voir combien de livres ont été vendus après la campagne Ulule)

- référencement du livre : 50€

Soit un total de 1766 € pour 50 livres environ.

Une histoire de 50 pages est-elle considérée comme une nouvelle, un roman ou autre chose ?

En général, on parle plutôt en nombre de mots.

Il est régulièrement admis qu'une nouvelle peut aller jusqu'à 20 000 mots, une novella jusqu'à

40 000 mots et un roman commence à partir de 40 000 mots.

Comment se définissent les catégories ? Est-ce que ce sont les auteurs qui les choisissent ou c'est toi ?

Les catégories des livres sont généralement appelées "genres" et on va parler, pour la littérature adulte, de romance, littérature blanche, genres de l'imaginaire, policier...

Il n'y a pas de catégories aussi marquées en jeunesse. C'est plutôt l'âge préconisé du lectorat qui entre en jeu. On parle de lectures pour les tous petits de 0 à 3 ans, de lecture pour les petits de 3 à 6 ans, de premières lectures pour les 6-8 ans et de jeunesse entre 8 et 16 ans.

Ce n’est pas moi qui décide, encore moins les auteurices, c’est plutôt le marché du livre. Évidemment, on en discute avec les auteurices pour savoir s’il vaut mieux que leur histoire soit dans un genre plutôt que dans un autre.

C’est pour ça que « Level up love » a changé de genre en cours de réécriture. Cette histoire avait été écrite comme une romance mais elle est finalement publiée en jeunesse à partir de 15 ans.

On a fait le tour de nos questions, merci beaucoup Coline ! Est-ce qu'il y a un message que tu aimerais faire passer aux jeunes ?

Merci beaucoup pour vos questions et pour votre implication au sein du comité de lecture !

Si jamais vous avez envie d’en savoir plus, n’hésitez pas à me contacter.

Et si jamais un jour vous avez une histoire qui vous trotte dans la tête,

n’hésitez pas à l’écrire ! Parce que lire, écrire et publier, c’est toujours oser !

 

 

 

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Si tu es ici, ce n’est peut-être pas un hasard. Peut-être que tu cherches un espace un peu différent. Un endroit où ton enfant pourrait s’exprimer librement. Un endroit sans case à cocher, sans performance à atteindre. Juste un lieu où il pourrait être lui-même, découvrir, créer, grandir… autrement.

Moi, ce que j’adore, c’est quand un jeune me dit : "J’ai un rêve, une idée, un projet…" Et qu’on se met à chercher ensemble le chemin pour le faire naître, parfois même en rassemblant d’autres jeunes touchés par la même envie. C’est là que la magie opère.

Que tu sois parent, enfant, ado, curieux, rêveur, en IEF ou non, sédentaire ou nomade… Tu es bienvenu.
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